Travailler en direction du Führer
Dans son exceptionnelle biographie d'Hitler, Ian Kershaw consacre un chapitre au système de gouvernement d'Hitler. Il est intitulé "Travailler en direction du Führer".
Il cite un extrait d'un discours de Werner Wilikens, obscur secrétaire d'État à l'agriculture de Prusse de l'époque:
"Il s'est trouvé des individus pour attendre des ordres et des commandements. Or le devoir de tout un chacun est d'essayer dans l'esprit du Führer, de travailler dans sa direction... il recevra alors la plus belle des récompenses... celle d'obtenir un jour la récompense légale de son travail"
Le pouvoir s'installant, les ministres ne devaient communiquer qu'avec Hitler, le gouvernement n'était plus réuni, les procédures étaient court-circuitées.
"Le IIIème Reich se transformait en variante moderne d'un système féodal reposant sur l'allégeance personnelle récompensée par des fiefs privés".
C'est, me semble-t-il, ce qui est en train d'arriver aux États-Unis, où un vieil homme vulgaire, travaillant peu, plein de lui-même, a réussi à agglomérer autour de lui une nuée de personnages serviles, "d'intellectuels" suprémacistes, de fascistes assumés qui, les yeux embués d'admiration, oeuvrent à le satisfaire, espérant sa reconnaissance, c'est à dire un avantage, c'est à dire des dollars, c'est à dire un poste, c'est à dire l'apparence d'un pouvoir.
Car il en faut de la flagornerie pour accoler le nom de Trump à celui de Kennedy sur la façade du "Kennedy Center".
Il en faut de l'absence d'éthique et de scrupules pour se mettre au service de celui qui a prononcé à Davos le 21 janvier dernier le discours le plus erratique, le plus décousu, le plus vulgaire, le plus truffé de chiffres fantaisistes, le plus boursouflé et, sur le fond, le plus effrayant qu'on ait jamais entendu depuis 1945 sortir de la bouche d'un chef d'État d'un pays démocratique.
Les États-Unis le sont encore, un peu. Pour combien de temps ?
Allez, dans l'ordre c'est à dire dans le désordre:
- Nous payons 100% des frais de l'OTAN: la vérité 15,88%
- Sous Biden l'inflation s'était élevée à un taux jamais atteint aux USA depuis 48 ans.
La vérité 8% en 2022 (Post COVID: en Europe 9,3%. Niveaux dus essentiellement aux prix de l'énergie et des produits alimentaires) à comparer à 11,35% en 1979, 13,50 % en1980.
- En un an, j'ai fait baisser l'inflation à un niveau jamais atteint: la vérité, 2,7% à comparer à 0,10% par exemple en 2015.
-La bourse n'a jamais autant augmenté que depuis mon élection. La vérité l'indice SP +33% en 2025 - ce qui est fort bien- , mais + 49% en 1997 par exemple.
À la fin de son interminable propos il imputera la chute de la bourse à la presse; on est confondu.
Mais où va-t-il chercher cela ?
Pendant ce temps les petits chiens serviles, opinent du chef, vautrés qu'ils sont sur la galerie, à l'arrière de la voiture.
Marco Rubio, par exemple, le secrétaire d'État, assistait à la présentation par Jared Kushner, monsieur gendre, du projet de Riviera à Gaza où, s'il voit le jour, la famille Trump compte bien s'enrichir encore davantage. Rubio travaille dans le sens du "führer".
Passons à d'autres thèmes de ce fabuleux discours:
- Je l'ai vu Emmanuel avec ses lunettes, il joue les durs à cuire, mais je lui ai dit qu'il fallait qu'il double le prix des médicaments.
Il a dit "non"
Alors je lui ai dit "Si, tu vas le faire sinon je te colle 25% de droits de douane".
Alors il a dit "oui". Ça m'a pris 3 minutes.
Il arrive que Macron fasse des bêtises, on le sait bien, mais il ne va évidemment pas doubler le prix des médicaments. L'Élysée a d'ailleurs démenti. Un délire "trumpesque", une fois encore.
Après quoi ou avant, on ne sait plus, le grand homme dit ce qu'il faut pour que la démocratie lui plaise:
- des élections fortes,
- des frontières fortes,
- des médias forts.
On frissonne.
Et puis il est retourné au Groenland, son obsession du moment. Retourné car il en avait déjà parlé trois ou quatre fois.
"On a défendu le Groenland pendant la guerre, dit-il, et on l'a rendu au Danemark. Ce n'est pas normal. Il y a que nous qui puissions la défendre cette île, il y va de notre sécurité. "
"Les terres rares ? Non , ça ne m'intéresse pas. Il faut creuser trop profond dans la glace". Ben voyons, Donald, penses-tu que nous soyons sots à ce point.
Alors il recommence, on paie 100% des dépenses de l'OTAN etc.
Et puis il file aux USA, pour insulter Biden. Que voulez-vous cet "idiot" a laissé entrer dans le pays, des escrocs des assassins et des trafiquants de drogue. Maintenant c'est fini, dehors! L'ICE fait du très bon travail et nos frontières sont les plus sures du monde... Rien que cela!
C'est vrai, les agents de l'ICE visent juste, tirent juste et n'hésitent pas à mettre en prison un enfant de cinq ans.
Cherche-t-il le chaos, un prétexte en quelque sorte pour attaquer davantage encore la démocratie? C'est bien probable.
Puis il revient au Groenland, "je ne veux pas de bail même à long terme, je veux la pleine propriété."
Puis il retourne au pays insulter Obama.
Puis passe à l'immobilier, on ne sait pas pourquoi, et aux taux d'intérêt trop élevés; occasion d'insulter Powell le "stupide" qui ne les baisse pas assez vite à son goût, les taux d'intérêt. Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale est indépendant du président et respecte son mandat. Trump n'aime évidemment pas cela.
Puis il revient au Groenland.
Tant d'allers-retours ! Quelle forme ! À son âge !
On croit savoir depuis, qu'il a probablement en partie cédé devant l'intransigeance des européens, qui semblent se réveiller, enfin!
C'est aussi que, comme l'a écrit l'ambassadeur Michel Duclos: " sur les quatre cases qui comptent pour Trump, son égo, sa fortune, les sondages et wall-street, les trois dernières s'alignaient contre ce projet".
Mais avec lui, sait-on jamais; la parole ne vaut rien.
Arrivant au terme de cet indigeste salmigondis d'1h10, il a remercié et félicité les patrons assemblés devant lui. Eux, abasourdis probablement, inquiets aussi sans doute, ont applaudi du bout des doigts.
Quant à moi, je me suis demandé si, le bonhomme n'était pas en train de devenir fou. À moins que la sénilité.. À moins que les deux.., mais je ne suis pas psychiatre.
Imaginez si c'était le cas. Une procédure d'impeachment.
On n'en est pas là, les petits chiens veillent, mais imaginez tout de même: la solution de rechange s'appelle Vance.
Vance. Vous savez le joli garçon joufflu à la barbe dure qui, dans le bureau ovale, avait insulté Volodimir Zelenski parce qu'il ne portait ni costume ni cravate.
Le même qui, le 17 février 2025, était venu à Munich critiquer le fonctionnement des démocraties européennes. Il n'ignorait pas que c'est de Munich qu'Hitler avait entamé sa marche vers son infâme pouvoir, car l'homme, aussi étonnant que cela paraisse, a fait des études.
Mais peu lui importait, il fallait travailler en direction de Trump.
Cela fait froid dans le dos.
"Mais s'ils ont tout osé, vous avez tout permis.
Plus l'oppresseur est vil plus l'esclave est infâme."
La Harpe
Les pays d'Europe, s'unissant entre eux et avec d'autres, le Canada notamment, semblent ne plus vouloir tout permettre et refuser d'être esclaves du vil oppresseur.
Cela va secouer, mais nous n'avons pas d'autre choix, je le crains.